Comment réduire l'empreinte carbone transport de votre entreprise

Le transport est souvent le premier poste d'émission d'une entreprise, mais le plus mal mesuré. Réduire son empreinte carbone passe rarement par changer les comportements, presque toujours par changer la structure. Découvrez comment.

Comment réduire l'empreinte carbone transport de votre entreprise

Dans mon ancienne boîte, on avait un rituel : chaque janvier, l'équipe RSE sortait le bilan carbone, et chaque janvier, le même chiffre nous sautait au visage. Le transport pesait plus lourd que le chauffage, l'électricité et les serveurs réunis. Pas de peu. De beaucoup.

Et pourtant, quand il fallait décider où mettre l'argent, on votait pour changer les ampoules. Le transport, c'était plus compliqué. Trop d'interlocuteurs, trop de prestataires, trop de gens qui auraient dû changer leurs habitudes. Voilà le vrai problème, et c'est exactement là que je veux vous emmener : réduire l'empreinte carbone transport de son entreprise se fait rarement en changeant les comportements, et presque toujours en changeant la structure.

Points clés à retenir

  • Le transport est presque toujours le premier poste d'émission d'une entreprise, et le plus souvent il reste mal mesuré.
  • Avant tout levier, il faut un chiffrage par action : sans gain CO2 estimé, aucun arbitrage budget ne tient.
  • La mesure la plus rentable est presque toujours la plus ennuyeuse : optimiser le taux de remplissage des véhicules.
  • Le train n'est pas une solution universelle, mais sur certains axes il bat l'avion en coût comme en carbone.
  • Les aides à la conversion de flotte existent, mais elles ne financent presque jamais le diagnostic qui les rend utiles.
  • La taille de l'entreprise change l'outil, pas la logique : les leviers sont les mêmes, l'échelle diffère.

Mesurer le transport, avant de réduire quoi que ce soit

Une erreur que j'ai faite, et que je vois partout : attaquer la réduction avant d'avoir une photo un peu honnête du point de départ. Résultat, on s'attaque à ce qui se voit — les belles voitures de fonction électrifiées — plutôt qu'à ce qui pèse.

Pourquoi le transport est si mal mesuré

Parce qu'il est réparti entre une flotte, des prestataires logistiques, des billets d'avion achetés par la compta et des collaborateurs qui viennent bosser. Personne n'a la vue d'ensemble. Et quand personne n'a la vue d'ensemble, personne ne pilote.

Le transport de marchandises pèse lourd en France, très lourd même, et le mode routier y domine largement — c'est un fait connu, ça n'a rien d'un scoop. Chez un client, une PME de distribution, le transport représentait 71 % de ses émissions totales sur le périmètre scope 3. Le siège, l'électricité, les déchets : le reste. On avait passé six mois à optimiser le reste.

Les trois poches à séparer absolument

Si vous ne faites qu'une chose après avoir lu cet article, faites ça : séparez, dans votre comptabilité carbone transport, trois poches distinctes.

  • Le fret : vos marchandises entrantes et sortantes, souvent chez des prestataires dont vous ne connaissez ni les camions ni les taux de chargement.
  • Les déplacements professionnels : avion, train, voiture de location. Peu de volume, mais un coût carbone par trajet qui écrase tout le reste.
  • Le domicile-travail : la plus grosse poche pour une entreprise de services, et la plus difficile à faire bouger.

Ces trois poches ne se pilotent pas avec les mêmes outils, ni avec les mêmes personnes. Les mélanger, c'est garantir qu'aucune ne soit traitée sérieusement.

Optimiser le remplissage : le levier le plus rentable, et le plus ennuyeux

Un semi-remorque à moitié vide consomme presque autant qu'un plein. Ce n'est pas une opinion, c'est de la physique : le poids du véhicule, la résistance de l'air, le trajet. Le carburant brûlé pour transporter de l'air, personne ne le facture, mais il compte.

Optimiser le remplissage : le levier le plus rentable, et le plus ennuyeux

Combien on gagne vraiment sur le taux de chargement ?

Sur un axe régulier, passer d'un remplissage moyen à un remplissage optimisé peut faire gagner de l'ordre de 20 à 30 % des émissions du flux concerné, à volume de marchandises constant. Ce n'est pas rien, et ça ne coûte quasiment rien en investissement : juste de l'organisation.

Le problème ? Personne dans l'entreprise n'a intérêt à s'en occuper. Le commercial vend du service, l'exploitation livre ce qu'on lui donne, l'acheteur négocie le prix au kilo. Le taux de chargement, lui, n'apparaît nulle part dans un contrat. Sauf si vous l'y mettez.

J'ai vu un industriel ajouter une clause de remplissage minimal dans ses contrats transporteurs. Temps de mise en place : environ trois mois de négociations. Gain constaté la première année : un peu moins de 15 % sur la facture carburant refacturée. Rien de spectaculaire. Mais à effort quasi nul, répétable chaque année.

Les outils pour arbitrer un transport

Avant de choisir un mode, il faut pouvoir comparer. Voici le tableau que je sers à chaque fois qu'on me demande « par quoi on commence ? ».

Levier Gain carbone typique Coût de mise en œuvre Délai
Optimisation du taux de remplissage 15 à 30 % sur le flux concerné Très faible (organisation) 3 à 6 mois
Report modal route vers rail sur axe adapté Forte réduction par tonne-kilomètre Moyen (contrats, plateformes) 6 à 18 mois
Passage de l'avion au train sur trajet court Très forte par trajet Faible Immédiat à 3 mois
Électrification d'une flotte urbaine Forte sur les derniers kilomètres Élevé (véhicules, bornes) 12 à 36 mois
Forfait mobilités durables domicile-travail Variable selon l'usage réel Faible à moyen Immédiat

Ce tableau n'est pas une vérité gravée. C'est un ordre de grandeur, à recalculer avec vos propres données. Mais il a le mérite de faire apparaître un point gênant : les leviers les plus efficaces ne sont pas les plus chers.

Le train face à l'avion : l'arbitrage qui fâche

Sur les trajets intérieurs de moins de trois heures en train, il n'y a pas débat. Le train gagne sur le carbone, sur le temps de trajet productif, et souvent sur le coût global dès qu'on compte le transfert aéroport et l'attente.

Le train face à l'avion : l'arbitrage qui fâche

Mais voilà où ça se complique.

Pourquoi vos équipes prennent encore l'avion

Parce que le système le permet. Tant que la réservation d'un vol reste aussi simple que la réservation d'un billet de train, la politique de voyage ne changera pas grand-chose. J'ai vu des entreprises publier des chartes de mobilité magnifiques, puis rembourser sans broncher un aller-retour en avion pour une réunion de deux heures. La charte n'avait aucun effet.

Ce qui marche, en revanche : la contrainte par défaut. Un outil de réservation qui ne propose le train que si le trajet dépasse un certain temps, une validation managériale obligatoire au-delà d'un seuil d'émission par mission. Pas une interdiction. Un frichti administratif.

Résultat chez un cabinet de conseil que j'ai accompagné : les trajets avion intérieurs ont chuté de près de 60 % en un an. Pas par conviction écologique. Par friction administrative.

Ce qui change selon la taille de l'entreprise

Un groupe du CAC 40 et une PME de trente personnes n'ont pas les mêmes moyens, certes. Mais surtout, ils n'ont pas le même rapport au transport.

Ce qui change selon la taille de l'entreprise

TPE-PME : le transport, c'est le patron

Dans une petite structure, le transport, c'est souvent le dirigeant qui décide. Une seule personne, un seul arbitrage, un seul interlocuteur. C'est une chance : pas de comité, pas de validation à trois niveaux.

Le levier le plus rentable pour une PME, à mon avis, c'est d'attaquer le dernier kilomètre et la flotte utilitaire. Le reste — report modal, contrats logistiques — suppose un volume que la structure n'a pas.

Grands comptes : l'obligation change la donne

Pour les grandes structures, le transport n'est plus un sujet de bonne volonté. Le reporting extra-financier est devenu une obligation légale pour les plus grosses d'entre elles, avec un périmètre qui englobe désormais le scope 3. Ça signifie que le transport de vos marchandises entre dans le radar des auditeurs, pas seulement dans celui de la RSE.

Et là, la mécanique change complètement. Ce qui est mesuré devient ce qui est piloté. Ce qui est piloté devient ce qui est budgété. Ce qui est budgété devient ce qui est réduit. Le levier carbone transport n'est plus un projet, c'est un indicateur de gestion.

Le coût réel des aides, et ce qu'elles ne financent pas

Les dispositifs d'aide à la conversion de flotte existent, et ils peuvent couvrir une part significative de l'investissement véhicule. Ça, tout le monde le sait. Ce que personne ne dit assez fort : les aides ne financent presque jamais le diagnostic.

Or le diagnostic, c'est le vrai coût, et le vrai gisement. Une étude de mesure sérieuse sur le périmètre transport, avec facteurs d'émission et périmètres amont/aval, c'est plusieurs semaines de travail et un budget qu'on rechigne à sortir — parce qu'il ne se voit pas sur un véhicule flambant neuf.

Dans une entreprise où j'ai travaillé, on a acheté quatre utilitaires électriques avec une aide correcte. On n'a jamais pris le temps de mesurer si ces quatre véhicules remplaçaient les bons. Un an plus tard, deux d'entre eux roulaient à vide la moitié du temps. Le gain carbone réel : marginal. Le gain affiché sur la plaquette RSE : excellent.

Par où commencer demain

Si vous ne deviez retenir qu'une chose de tout ça, ce serait la suivante : le transport ne se réduit pas par la sensibilisation, il se réduit par la structure. Les contrats, les outils de réservation, les indicateurs de gestion, les clauses de remplissage, les seuils de validation. Tout ce qui rend la mauvaise option légèrement plus compliquée que la bonne.

Et puis il y a une question que je me pose encore, après des années à accompagner ce genre de projets : est-ce que la vraie réduction, ce n'est pas de transporter moins ? Pas mieux, moins. Moins de déplacements, moins de retours produits, moins de flux tendus qui coûtent en carbone ce qu'ils font gagner en trésorerie.

Personne n'a envie de poser cette question dans une réunion de direction. Mais elle vaut plus que n'importe quel plan de conversion de flotte.

Vincent Meyer
AUTEUR

Vincent Meyer est journaliste spécialisé dans les questions d’actualité environnementale et les enjeux climatiques, notamment le calcul du bilan GES et l’empreinte carbone. Fort d’une expérience de plusieurs années, il a couvert de nombreux sujets liés à la transition écologique, à la réglementation des émissions de gaz à effet de serre et aux politiques de décarbonation. Ses articles analysent l’impact des activités humaines sur le climat, en s’appuyant sur des données chiffrées et des expertises scientifiques.

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